Du vélo s'il-vous-plaît!/Parlons environnement!

Quand ça ne tourne pas rond, derrière le guidon…

Image: Dreamstime

La tendance est au vert. Peut-être l’avez-vous remarqué, les écolos ont la cote. Ceux qui troquent leur auto pour leur vélo aussi. Mais se promener sur deux roues ne signifie pas du coup que l’on a la conscience sociale développée… et qu’on fait preuve de civisme sur les routes. En août 2007, dans le cadre d’un article pour le journal communautaire L’Itinéraire, j’ai sillonné les pistes cyclables et les rues de Montréal d’un oeil attentif afin de mener mon enquête perso sur la courtoisie à vélo. Pour vous qui ne l’auriez pas vu passer, le voici. Et en passant, il est encore d’actualité malgré ces trois années passées…

R’garde où tu roules!

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Ce que les cyclistes reprochent aux autres adeptes de la bicyclette? Ils ne signalent pas leurs changements de direction, ne font pas leurs angles morts, entrent sur la piste cyclable sans regarder si la voie est libre, dépassent de façon imprudente, suivent de trop près les autres cyclistes, roulent en sens contraire et circulent sans lumière à la tombée de la nuit. Quand les Montréalais à vélo ne respectent pas le Code de la route, c’est là que les tensions montent dans les rangs. Doigt d’honneurs, jurons, frustrations, «Eh ho, attention», accrochages… Ça ne  tourne pas toujours rond, derrière le guidon…

Ce qu’il y a d’étonnant? Sur une douzaine de cyclistes interrogés, plusieurs reprochent aux autres ce qu’ils avouent faire eux-mêmes! Ceci est justement le cas de Margerie Gagnon, étudiante en ébenisterie et cycliste assidue. Selon Dominique Morneau, psychologue et professeur en psychologie sociale à l’Université de Chicoutimi, il arrive que les gens ne fassent pas le lien entre leur comportement et ceux des autres, la faute retombant plus souvent sur autrui. La raison? La mémoire serait sélective. En effet, on valoriserait les événements qui nous mettent en valeur. Le reste? Aux oubliettes!

Après moi, les autres…

Quant à Sylvie Ross, une Montréalaise qui utilise son vélo à tous les jours pour se rendre au travail, elle est surtout irritée par les gens qui prennent les pistes cyclables pour une piste de course; ces derniers se faufilent entre les vélos sans trop faire attention aux autres, frôlant les  guidons sur leur passage. Leur devise: après moi, les autres… Leur but: se rendre le plus vite possible du point A au point B. Elle a remarqué que ces derniers acceptent mal de se faire dépasser, surtout quand c’est une fille qui file à leur gauche.

L’hypothèse de Dominique Morneau de l’Odre des psychologues du Québec? Ceci serait une lutte afin de dominer le territoire. En auto ou en vélo, on peut remarquer le phénomène: quelqu’un qui veut démontrer sa supériorité va vouloir demeurer chef de file; ceci implique donc qu’il ne se fasse pas dépasser. Et si ceci se produit, la personne détrônée voudra savoir par qui. Par exemple, le conducteur d’une Porshe n’appréciera pas se faire dépasser par une Tercel. Le cycliste qui roule 3000 km par été et qui monte un vélo de 5000$ s’attend à dominer la route… Si ça n’est pas le cas, il pédalera peut-être rageusement afin de garder son «titre»… son estime personnelle.

Selon Sylvie, leur profil? Ils sont surtout des jeunes hommes âgés entre 25-35 ans, souvent en vélo de montagne, qui veulent rester devant, coûte que coûte. Hèlene Paquet, une cycliste voyageant souvent entre Montréal et la Rive sud, est aussi de cet avis: ils sont des jeunes hommes à casquette. L’explication scientifique? Les hommes seraient trois fois plus susceptibles que les femmes à avoir des comportements anti-sociaux, c’est-à-dire d’être agressifs, hostiles ou portés à enfreindre les lois. Mais attention, ceci ne signifie pas pour autant que la gente féminine est blanche comme neige…

Au nom de la liberté!

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Laurence Bergeron Michaud, une thérapeute de Montréal, avoue faire du vélo pour le sentiment de liberté intense que cela lui procure. Elle ne se sent pleinement affranchie que si elle transgresse quelques règles, mais jamais au péril de sa sécurité ou de celle des autres piétons et cyclistes. Selon le psychologue Dominique Morneau, enfreindre la loi constitue parfois une forme de contestation, une façon d’affirmer son identité. «Une personne très respectueuse des règles au bureau peut devenir non-conformiste lorqu’il joue un autre rôle» poursuit-il. Laurence se confesse: quand la voie est libre, quel plaisir de passer sur la lumière rouge et de faire enrager quelques automobilistes, témoins de son mauvais coup… Vive la suprématie des vélos: attention! En 2006, le Service de police de la Ville de Montréal a remis 1721 contraventions aux cyclistes récalcitrants, c’est 79 de plus que l’année précédente. Griller les feux rouges était la deuxième infraction la plus fréquente, derrière les cyclistes roulant sur les trottoirs.

Consciente de ne pas être un exemple à suivre, Laurence se justifie en disant que les risques qu’elle prend n’implique personne d’autre qu’elle-même. Et bien entendu, avant de commettre une infraction, elle ratisse les alentours d’un coup d’œil rapide, à la recherche d’un policier. Pas d’auto, pas de popo, elle passe. Selon le psychologue, si un comportement n’est pas freiné, il y a renforcement. Autrement dit, si on ne réprime pas, on encourage… L’absence de sanction peut donner l’impression qu’il n’y a pas de conséquence, mais ce geste vient renforcer un comportement social. «Si plusieurs cyclistes passent sur la lumière rouge, celui qui attend que ce soit vert peut se sentir ridicule de ne pas agir comme les autres. Il peut décider de passer aussi, simplement pour faire partie de la gang!» Chaque personne a donc une responsabilité sociale car les autres sont susceptibles d’imiter leur comportement!

Une lutte territoriale

Ce sont sur les heures de pointe, soit entre 8h00-9h00 et entre 17h15-18h15, que les frustrations sont le plus susceptibles d’arriver. Par exemple, sur la piste cyclable de la rue Brébeuf, c’est environ 500 cyclistes qui déambulent matin et soir, totalisant 5000 déplacements par jour! Plus l’achalandage serait grand, moins les cyclistes feraient preuve de courtoisie. Selon le psychologue, plus la densité de personnes augmenterait dans un endroit donné, plus l’agressivité serait susceptible de se manifester. Encore une fois, il s’agit d’une question de territoire: l’Homme ne peut pas se défaire de ses millions d’années d’évolution en criant «vélo»!

Une autre solution? Suzanne Lareau, présidente – directrice générale de Vélo-Québec, croit qu’améliorer le flot sur les pistes cyclables sera possible par la création de nouvelles voies cyclables; pour ce faire, les gouvernements et les municipalités devront intervenir. Intensifier la sensibilisation et la coercition sont également des rayons importants de la roue…

Derrière votre guidon, ayez donc votre casque, respectez le Code de la route, respirez par le nez et tout devrait bien se passer… enfin, si les autres cyclistes décident de vous imiter!

Source : Vélo Québec – L’état du vélo au Québec en 2005

Première publication réalisée dans le numéro de septembre 2007 dans le journal L’Itinéraire. Reproduction interdite de cet article sans la permission écrite de Marie-Josée Richard.

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4 réflexions sur “Quand ça ne tourne pas rond, derrière le guidon…

  1. Excusez-moi, je sais bien que ce n’est pas le temps fort du vélo en ce frisquet mois de février. Mais me replonger dans cet article me redonne vie. Mon vélo sera bientôt tout fringuant à se promener à nouveau sur les pistes cyclables de Montréal. Bientôt, à nous deux, saison du vélo! Et moi, j’en aurai fini avec les pelures d’oignons à combattre le froid. Je serai légère comme une feuille au vent, heureuse comme tout, à sentir l’air chaud sur ma chair.

  2. Eh oh, en passant, j’adore donner une deuxième vie à ces « vieux » articles, sortis tout droit des boulamites. Quel bonheur de les exposer sur la toile.

    Vos commentaires sont les bienvenus, laissez-vous lousse, ça me fait tant plaisir de vous lire!

    PS: Je me sens parfois la mine tristounette quand j’écris dans des magazines. Je manque de feedback pour me sentir sexyback.

  3. Y fait beau, c’est le temps de rouler à vélo pendant qu’il n’y a pas trop de monde sur les pistes. Et quelle fin d’hiver exceptionnelle. Bravo pour votre article!

  4. Bonjour cher cycliste motivé, eh oui, le beau temps fait sortir les vélos des remises! Je suis tout à fait d’accord avec vous: profitons-en maintenant, que nous ne sommes pas encore trop nombreux à rouler sur les pistes cyclables. Les enragés du guidon feront leur apparition bien assez vite! Merci pour ce commentaire, ça me fait très plaisir!
    Bonne journée et surtout, bonnes promenades à vélo! Au plaisir de vous lire à nouveau, MJ

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