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L’art de passer maître

Antoine Desrosiers (à gauche) n’avait que 13 ans lors de ses premiers jeux de rôles, dirigés par Philippe Achaintre (à droite). Une solide amitié s’est forgée au cours des ans.Philippe Achaintre, natif de Bourgogne et résident de La Martre en Haute-Gaspésie depuis 1989, cultive un intérêt contagieux pour les jeux de rôles. Si bien que deux décennies plus tard, le maître de jeu a « contaminé » près d’une centaine de personnes. Et c’est pour le mieux!

Du bénévolat? « C’est avant tout une passion, se défend Philippe Achaintre, qui ne compte pas les heures passées à l’ouvrage. Je travaille, travaille, mais pas toujours pour rapporter des sous! » plaisante-t-il. Pour une seule joute, il passe trois à quatre jours le nez dans ses livres… voire un mois, suivant la longueur de la partie. Méticuleux, ce Philippe? Que si!

Les parties que l’horloger de formation organise sont réglées… au quart de tour. Et c’est ce qui plait tant à ses joueurs. « Il sait mettre en place des scènes très réalistes, » résume Antoine Desrosiers, qui à l’aube de ses 35 ans est l’un des plus anciens joueurs. « Philippe est très visuel, insiste sa conjointe des 22 dernières années, Gabrielle Bücheler. Il s’attarde sur l’histoire, mais aussi sur l’architecture, l’habillement, la nourriture, les accessoires, la cuisine, les marchés… tout est pensé dans les moindres détails! » Et l’homme de 47 ans est un véritable livre ouvert… sur l’histoire médiévale! « Partager, c’est ce qui me fait tripper » dit-il aussi.

En 1988, lors d’un voyage dans l’ouest canadien, Philippe et deux amis québécois s’achètent un jeu de rôle en anglais… pour s’exercer dans la langue de Shakespeare. Bien qu’il a un préjugé favorable pour ce passe-temps, « au début, c’était moyennement intéressant, ça ne coulait pas de source, » raconte-t-il l’air espiègle. Mais à force de pratique, il apprend à dompter la bête!

Depuis, il a organisé près de 1000 parties autour de la table et 18 Grandeurs natures, dont le dernier de Cap-au-Renard (2e édition), qui s’est tenu lors de la fin de semaine de la Fête du travail en septembre (voir GRAFFICI.CA). « Des jeux de rôle, j’en mange! » souffle-t-il. Et son esprit fourmille déjà d’idées pour la prochaine édition. Encore une fois, son acolyte Antoine Desrosiers de la Coop du Cap, une coopérative de solidarité dont il est aussi l’un des membres fondateurs, l’épaule dans cette aventure.

Depuis vingt ans, chaque vendredi soir (ou presque), un groupe de trois à quatre personnes, surtout des ados et des jeunes adultes, débarque au repère du couple. Et ce, même en hiver, alors que cela prend une bonne dizaine de minutes en raquettes pour y arriver. Et pas d’électricité. « Chandelles, lampes au gaz, du vieux Death can dance en sourdine, Philippe a vraiment le don pour nous faire plonger dans une ambiance lugubre à souhait, » insiste Antoine Desrosiers.

Ce dernier garde un souvenir précieux de ces soirées passées à jouer « jusqu’à ce que les yeux ferment tout seuls ». De 13 à 15 ans, « rien n’était plus important pour Antoine Desrosiers que le snowboard et les jeux de rôle ». Et l’influence que cela a eu dans sa vie : plus que positif. « Des amis, des rires, alimenter l’imaginaire… pas besoin de se saouler ou de fumer un joint pour décrocher. »

Gabrielle Bücheler, travailleuse de milieu en Haute-Gaspésie Est, ne se montre pas peu fière de son chum. « Il amène les jeunes à s’ouvrir, à mieux s’exprimer, à expérimenter des manières d’être qu’ils peuvent ensuite intégrer dans leur vie ». Corinne Côté-Gasse de Marsoui (15 ans), joueuse depuis deux à trois ans, admet avoir une meilleure concentration et avoir fait d’immenses progrès en calculs grâce à ces joutes. Elle veut désormais marcher dans les traces du maître… en devenant maître de jeux à son tour.

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Légende photo: Antoine Desrosiers (à gauche) n’avait que 13 ans lors de ses premiers jeux de rôles, dirigés par Philippe Achaintre (à droite). Une solide amitié s’est forgée au cours des ans. Crédit photo: Gabrielle Bücheler.

Première version publiée dans le numéro de novembre 2011 du journal Le Graffici.

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